Il y a en nous un Être informel qui est déjà complet, spirituellement accompli, entièrement paisible, vivant continuellement dans un état d’unité, d’amour, d’équilibre et d’harmonie. Cet Être est parfait, depuis sa conception ; il l’est ici et maintenant, et le sera éternellement. De ce fait, rien de ce que l’on pourrait faire ou ne pas faire sur le plan de l’individualité, ne saurait l’amoindrir ou l’améliorer, ce qui signifie qu’il est impervertible et inaltérable.

Lorsque l’on parle de lâcher-prise, de détachement, de renoncement, de maîtrise de soi, de présence à l’instant présent, ce sont là des états d’être qui appartiennent déjà à cet Être, qui n’est autre que notre véritable Moi, que nous sommes en essence au-delà de ce que nous croyons être : ce « petit moi » qui se démène dans la vie pour trouver la paix, la santé, l’amour, la joie, etc.

 

Alors pourquoi souffrons-nous ? 

Si nous sommes cet Être en essence, pourquoi alors est-ce que nous ne vivons pas ces états-là ? Pourquoi est-il difficile de ne pas être en proie à la négativité, à la souffrance, au conflit, à la maladie, à l’insatisfaction ? Eh bien, tout simplement parce que nous laissons un voile s’interposer entre cet Être pur que nous sommes et ce que nous croyons être.

Dit autrement, nous sommes cet Être, mais nous nous laissons aveugler et illusionner par des chimères, des considérations mentales qui voilent notre propre essence et l’empêche de se refléter en l’individualité sous la forme de la paix, de la joie, de l’amour, de la santé, etc.

Ces états-là ne sont pas conditionnés par des actions extérieures, par nos conditions de vie ou l’attitude des autres. C’est pour cette raison que les Maîtres de sagesse peuvent rester paisibles, centrés et joyeux en toutes circonstances ; ils sont UN avec l’Être, totalement libérés des fausses identifications au « petit moi », l’ego, et c’est parce qu’ils irradient autour d’eux la Lumière de l’Être que nous ressentons en leur présence la paix et la joie.

Nous sommes des Maîtres de sagesse en puissance, puisque nous somme l’Être et que celui-ci est déjà parfait au cœur de cette individualité à laquelle nous choisissons de nous identifier (plutôt qu’à l’Être lui-même). Notre mission, pour autant que nous y aspirions bien sûr, est de permettre à l’Être de se manifester pleinement au travers de l’individualité, et de s’incarner pleinement dans le corps. C’est là tout l’enjeu de la quête spirituelle.

Pour cela, il convient simplement de se libérer de l’illusion d’être autre chose que l’Être lui-même.

 

Comment se libérer de l’illusion de l’ego ? 

Simplement en prenant conscience de ce que l’on n’est pas : le sentiment de moi qui résulte de l’identification aux impressions mentales, aux émotions, au corps, etc.

Lorsque l’on observe tout cela en pleine conscience, avec équanimité (sans jugement), alors, l’identification à ce que l’on croit être est détruite, et avec elle l’illusion d’être autre chose que l’Être. Alors, ce qui reste est l’Être, qui peut pleinement illuminer l’incarnation de sa présence et y refléter ses qualités : la paix, la santé, la joie, l’amour, la cohésion, l’ordre, l’harmonie, etc.

Nous sommes l’Être, ici et maintenant, parfait. Alors SOYONS, en étant pleinement présents à la réalité, telle qu’elle se manifeste, tant au niveau du corps que de l’esprit lui-même. Observons sans jugement les sensations, mais aussi ce « sentiment de soi » qu’on appelle l’ego. Il n’y a rien d’autre à faire, mais qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit tout de même d’un effort, un effort de concentration juste, équanime.

Heureux les simples d’esprit, disait Jésus…

Être simple en esprit, c’est justement cela : observer, ressentir, prendre conscience, percevoir,… au-delà de toute impulsion mentale. C’est tout ce qu’il y a à faire pour que l’Être puisse incarner la forme et s’y refléter complètement.

 

Simple ne veut pas dire facile…

Si cela est simple, cela ne veut toutefois pas dire que ce soit facile.

Pourquoi ? Eh bien parce que nous avons été habitués à observer et ressentir au travers du filtre mental, dressant un voile entre l’Être que nous sommes et la réalité de l’instant présent.

Ce mode de fonctionnement mental est diablement coriace, et sans un effort de concentration juste pour observer toutes les formes que peut prendre l’activité mentale, nous nous laissons entraîner par le flot des pensées, et l’Être (que nous sommes) ne peut illuminer l’âme et le corps.

Cette illumination n’est possible qu’à condition de percevoir avec équanimité tout ce qui appartient au domaine de la forme, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de soit, ce qui inclut l’activité mentale et le « penseur » lui-même, c’est-à-dire le « sentiment de soi » (ego), et l’ensemble des phénomènes plus « denses », comme les sensations corporelles (émotions, tensions, douleurs, mal-être, bien-être, etc.).

C’est là l’essence de la contemplation méditative, au-delà de toutes techniques, qui permet à l’Être d’investir toujours plus profondément l’individualité.

Frédéric Burri

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