L’identification à l’ego, c’est à dire à cet « individu que l’on croît être » et qui voile notre véritable Nature, l’Être, peut être source de plaisir, bien sûr, quand tout va bien. Mais comme la seule chose qui ne change pas dans la vie, c’est le CHANGEMENT, eh bien le plaisir est inévitablement amené à céder sa place au déplaisir et à la souffrance.

Plus que jamais dans l’histoire de l’humanité, la société de consommation cherche le moyen de nous maintenir dans cette quête effrénée du plaisir, plus par recherche du profit que par réel humanisme, j’en ai bien peur. Or, quelles que soient les intentions du « système » à ce niveau, il faut bien se rendre à l’évidence que l’obtention d’un plaisir permanent est absolument impossible sur le long terme, quels que soient les moyens utilisés et la quantité d’énergie déployée à cette fin, pour la simple et bonne raison que les sources du plaisir, lorsqu’elles se situent « dans le monde », sont inévitablement soumises à la loi de l’impermanence.

Ayant compris que tout est impermanent dans le monde et qu’il est donc vain de s’attacher à ce qui procure du plaisir et de rejeter ce qui fait souffrir, les Sages de toutes les traditions ont trouvé la solution : renoncer à cette fuite en avant qui consiste à rechercher compulsivement cette forme de plaisir conditionné, pour se tourner vers un plaisir d’une nature beaucoup plus élevée, qui est cette Joie profonde. La bonne nouvelle est que cette Joie profonde est déjà là, à la Source même de notre Être, offerte inconditionnellement et en quantité illimitée. La seule chose qui nous empêche d’en faire l’expérience est l’activité assourdissante de l’ego, qui s’obstine à lui chercher un pâle substitut en regardant dans la mauvaise direction.

Cette Joie profonde ne peut donc se révéler que lorsque l’ego s’efface, c’est-à-dire lorsque l’esprit fait l’effort de ne plus s’identifier à cette « fausse identité » qui regarde dans la mauvaise direction. Alors, dans ces conditions, une paix intérieure profonde s’installe, et avec elle l’harmonie, qui s’accompagne de cette Joie profonde, non conditionnée.

Pour aider les êtres humains à se libérer de l’ego et à « goûter » à la Joie sans condition, les Sages ont mis au point des méthodes, des techniques, dont le dénominateur commun est l’effort de concentration juste, qui permet d’atteindre le calme mental. Si cela paraît simplissime en théorie, cela s’avère difficile dans les faits, car le mental dispose de sa propre force d’inertie qu’il est difficile d’enrayer. Renforcé par des années d’identification au flux incessant des pensées, le mental dispersé s’apparente à un muscle hypertrophié, alors que la concentration qui permet de maintenir l’esprit dans le calme mental, est son muscle antagoniste, atrophié.

Tout l’enjeu de la quête spirituelle consiste donc à réentrainer cette capacité à maintenir l’esprit dans le calme, par l’effort de concentration juste, quelle que soit la technique utilisée à cette fin. Dans ces conditions, même pour quelques fractions de secondes, toute forme d’identification à l’ego est rompue, et la véritable Nature de l’Être, qui est la Joie profonde, peut se dévoiler et envelopper l’âme de son doux nectar, qui fera perdre toute saveur aux formes de plaisir recherchées jusque là par l’ego.

 

« Toutes les saintes Écritures s’accordent à dire qu’il faut calmer le mental… »
Ramana Maharshi