Le lâcher-prise…! C’est sans doute l’une des notions les plus en vogue en ce moment, devenue omniprésente dans les domaines du développement personnel, de la spiritualité et du bien-être au sens large.

Nombreux sont les livres, les articles de magazines, les images instagram ou les posts facebook qui mettent cette expression bien en évidence ! On nous invite au lâcher-prise tous azimut, comme un impératif pour éviter de « péter les plombs » et de faire la désagréable expérience du désormais tristement célèbre… burn out. Il s’agit bien là en effet d’une impérieuse nécessité, pour se libérer du poids de nos problèmes et contrebalancer les effets délétères du stress qui autrement, nous mènent à l’épuisement et au mal-être.

Il faut bien dire que les conditions de vie stressantes de notre monde moderne basé sur le culte du « toujours plus », fort éloignées de celles qui permettraient à tout un chacun de vivre en harmonie avec son environnement et de favoriser l’incarnation et le rayonnement de son Moi profond, semblent justifier l’invitation au lâcher-prise comme condition sine qua non au maintien de l’équilibre en soi-même ; lâcher prise, c’est se ménager, s’écouter, respecter ses limites, et se donner ainsi une chance de s’ouvrir à cette petite voix intérieure, celle de notre Moi profond justement, qui sait à chaque instant ce qui est juste et bon pour soi.

Si le caractère crucial du lâcher prise n’est pas à remettre en cause, c’est la manière dont il est vécu qui cependant appelle à la réflexion, car sait-on vraiment en quoi consiste vraiment le lâcher prise ? J’ai pu souvent constater autour de moi en entendant et en lisant toute sorte d’explications sur le lâcher-prise, mais aussi en observant mon positionnement dans ma propre pratique spirituelle, qu’il est plus facile de se leurrer sur notre capacité à lâcher prise que de le vivre réellement… ! C’est pourquoi j’ai souhaité apporter quelques précisions sur cette notion très importante.

Lâcher prise n’est pas un processus mental !

Avant toute chose, il faut bien considérer que le lâcher-prise n’a strictement rien à voir avec l’acceptation mentale d’une situation à grands coups de relativisations ou de positivations. Tenter de se conditionner dans le bon sens à l’aide de mantras du genre de « je me fous la paix », « je m’en fiche », « ça ne m’atteint pas », n’a en effet rien à voir avec le véritable lâcher-prise ; ce n’est tout au plus qu’une forme de révolte qui en plus d’être teintée de négativité, porte en elle la marque du rejet, du refus qui, comme nous allons le voir plus loin, nous éloigne beaucoup de l’état d’équilibre dans lequel notre esprit doit se situer pour que le lâcher-prise soit intégral.

Pour qu’un tel conditionnement mental aboutisse réellement au lâcher-prise, il faudrait que notre subconscient soit parfaitement en accord avec cette idée que, en effet, « on s’en fiche ». Or, si le mental peut relativement aisément « se mentir à lui-même » en se persuadant de ce fait, il ne peut par contre pas tromper l’inconscient où la vraie nature du Moi profond s’exprime, et où, eh bien non, « on ne s’en fiche pas tant que cela en vérité ». Ce désaccord entre le conscient et le subconscient est ce qu’on appelle, dans le jargon, un… conflit psychologique !

Lorsque le lâcher-prise est recherché par le mental et que les efforts sont entrepris à son niveau pour l’atteindre, ce n’est pas d’un lâcher-prise dont il s’agit, mais encore et toujours de… contrôle. Étrange paradoxe n’est-ce pas ?

Il faut être tout à fait clair sur le fait que lâcher prise n’est pas dans les cordes du mental et de toute forme de volonté située à son niveau, même lorsqu’il est animé des meilleures intentions qui soient. Le mental et la fameuse « pensée positive » ne peuvent tout au plus qu’apporter un allègement de surface, compensant ou étouffant temporairement le mal-être qui continue de gronder dans les profondeurs de la psyché tant que le lâcher-prise réel n’a pas été opéré, mal-être qui tôt ou tard se manifestera à nouveau sur le plan psychique ou physique (comme dans le cas des maladies psychosomatiques, et le fameux « mal à dit »…), générant une nouvelle réaction du mental au travers de ses mécanismes d’évitement habituels, dans un cercle vicieux qui alimente le moteur de la souffrance, que seule le lâcher prise véritable peut venir enrayer !

C’est là toute la différence entre l’illusion du lâcher-prise et sa réelle essence, qui seule peut rétablir l’équilibre dans l’esprit et par voie de conséquence, dans la psyché jusque dans ses couches les plus profondes, neutralisant en quelque sorte le « mal » à la racine, là où la souffrance trouve sa cause sous la forme de l’identification de l’esprit aux impulsions mentales d’attraction et de répulsion, soit le désir et la peur, l’attachement et le rejet, l’attraction et la répulsion…

Pour vous aider à bien saisir l’essence du lâcher-prise et vous donner toutes les chances de pouvoir le vivre concrètement dans votre vie de tous les jours, je vous propose deux textes, issus de correspondances privées. Ces deux textes présentent des angles de vue complémentaires qui, je l’espère, vous permettront de mieux comprendre de quoi il en retourne sur cette notion ô combien… cruciale, avec toute la symbolique à laquelle se rapporte l’adjectif…

L’invitation au lâcher-prise

L’expérience m’a permis plusieurs fois de réaliser, tant chez moi que chez les autres, que plus on résiste, plus on souffre, et que au contraire, plus on lâche prise dans l’acceptation de « ce qui est », plus le changement se fait rapidement et harmonieusement, et avec émerveillement par rapport aux profondes et belles transformations qui s’opèrent à l’intérieur de nous, et par rapport aussi aux changements que cette dynamique intérieure produit dans notre réalité extérieure, nos relations, nos conditions de vie, etc.

Je crois que c’est ce qui nous est demandé, pour autant bien sûr que nous souhaitions incarner de plus en plus intégralement notre Véritable nature, l’Être spirituel que nous sommes en essence, et vivre la vie à laquelle nous aspirons vraiment en notre cœur, une vie vécue intérieurement dans la grâce, la fluidité, l’harmonie, la joie, la paix et la confiance.

Lâcher prise, être dans le détachement, renoncer aux réactions de notre « petit moi », se désidentifier de nos schémas conditionnés, tout ceci exprime cette impérieuse nécessité d’être en harmonie avec ce qui survient, à l’intérieur comme à l’extérieur, par l’observation équanime de nos réactions.

Dans ce contexte, il ne suffit plus de simplement méditer ou faire son Yoga pour s’offrir un moment de détente, de ressourcement (même si c’est déjà bien…) ; il nous est demandé d’aller un cran au-dessus dans notre pratique spirituelle, en nous donnant les moyens de vivre ce lâcher-prise, le plus souvent possible.

Le hic, c’est que nos bonnes intentions ne suffisent pas, car force est de constater qu’en pratique le lâcher-prise peut s’avérer difficile et qu’il peut même s’avérer contre-productif s’il est orchestré par notre « petit moi », dans le but d’échapper à ce qui est inconfortable, désagréable.

Le lâcher-prise, c’est un art de vivre ; c’est un positionnement intérieur bien particulier et bien précis, qui implique d’observer et de ressentir notre « petit moi » réagissant, avec équanimité, c’est-à-dire en étant libre de toute forme d’identification aux impulsions mentales d’attraction (désir) et de répulsion (aversion). En d’autres termes, lâcher prise, c’est offrir un espace d’accueil inconditionnel à notre « petit moi », cet ego auquel nous nous identifions la plupart du temps, et qui est incapable par nature de vivre le lâcher-prise.

Ce positionnement intérieur qu’est le lâcher-prise est tellement éloigné de cette tendance instinctive à réagir sur la base du désir et de la peur propre au fonctionnement de l’ego, que même lorsqu’on veut lâcher prise, on est le plus souvent dans le contrôle.

Si l’on veut vraiment se permettre d’évoluer grâce à ce qui nous est donné de vivre, et de profiter du contexte vibratoire actuel très porteur pour le faire, nous devons donc faire l’effort de lâcher prise (aussi paradoxale que cela puisse paraître…), en prenant la position de l’Observateur détaché, équanime.

C’est la voie de la guérison et d’éveil spirituel la plus directe, mais c’est une voie qui, bien que simple, n’est pas facile, car elle implique le sens de l’effort de concentration juste sur soi-même, sans cesse renouvelé, dans le détachement du… résultat également !

Le lâcher-prise, ou l’abandon dans la foi

Nous le savons tous bien, la souffrance vient du refus de « ce qui est ». Les peurs sont dues à des projections du mental dans un futur incertain, inconnu, où les repères font défaut. C’est un phénomène naturel quand il y a identification à la personnalité, le « petit moi », qui doit, de son « point de vue », gérer sa vie, prendre des décisions, faire des choix, qui influenceront sa destinée et celle des autres, croit-il.

Cela est un point de vue, mais qui doit être remis en cause, car le « petit moi » a-t-il vraiment ce pouvoir-là ? Il semblerait que non, et qu’il est même absolument impuissant, ce qui amène à l’impérieuse nécessité de l’abandon face à une Conscience, une Intelligence, qui le dépasse infiniment, et qui détient le véritable pouvoir.

Le positionnement intérieur à adopter est donc celui du lâcher-prise, du renoncement, du détachement, dans la foi en cette Intelligence suprême, à laquelle on s’abandonne. Cela permet alors de lâcher le contrôle, et par la même la peur, et dans l’ouverture que cela crée, de se laisser inspirer par cette Intelligence, apportant la force, la confiance, l’intuition, pour « sentir » ce qui est juste et bon pour soi-même.

Concrètement, comment vivre ce lâcher-prise salutaire ?

Premièrement, avoir foi en cette Intelligence suprême, et en le fait que tout « ce qui est » et tout « ce qui sera » est et sera absolument juste, parfait, car rien ne saurait se situer hors du pouvoir de cette Intelligence suprême. Seul le mental est capable de se méprendre au sujet de cette perfection et de cette justesse inhérente au moment présent, parce qu’il n’est pas capable de faire autrement que d’isoler les choses, diviser, séparer, perdant de ce fait la vision d’ensemble du TOUT qui est TOUJOURS harmonie, ordre et équilibre.

Deuxièmement, avoir foi que du lâcher-prise vient l’inspiration, l’intuition, la sagesse qui président à l’action juste pour soi-même (et donc aussi forcément pour les autres).

Troisièmement, vivre le lâcher-prise, en observant très attentivement la sensation, l’impression, l’état d’être de ce « petit moi » en souffrance. Pour cela, il convient de poser un regard équanime sur la sensation qui traduit la souffrance dans le corps, et également d’observer l’esprit lui-même, et on sera alors au contact de ce « petit-moi en souffrance », désidentifié de lui. Dans ce positionnement intérieur, la Lumière de la pure Présence, qui n’est autre que cette Intelligence suprême dont il était question plus haut, peut transmuter la souffrance du « petit moi », à condition que le lâcher-prise soit maintenu durant tout le processus.

Si l’on se donne les moyens de vivre ce processus avec justesse, on sent que cela s’apaise, se dégage, et lorsque l’on revient à l’identification, c’est alors plus « léger » pour le « petit moi », sa souffrance a été transmutée. Dans cet état là, la situation est vue fort différemment… la vision a changée.

Il faut bien comprendre que le « petit moi » lui-même ne peut rien pour libérer la souffrance ; tout au plus peut-il la réprimer, la compenser, mais en aucun cas la transmuter. Pour cela aussi, il est impuissant ; seule l’Intelligence suprême, soit la Lumière de l’Être que nous sommes en essence (au-delà du voile de l’identification qui nous fait croire qu’on est ce « petit moi ») a le pouvoir de transmuter la matière psychique…! C’est pourquoi il faut s’efforcer de lâcher prise, en prenant la position du témoin, détaché, du « petit-moi ». Concrètement, il n’y a rien d’autre à faire.  

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