L’observation détachée

Le mot « conscience » et tous les termes et expressions qui en sont dérivés (conscientiser, prendre conscience, examen de conscience, cas de conscience, etc.) reviennent sans cesse dans les contextes les plus divers (spiritualité, philosophie, psychologie, écologie, politique) et sont utilisés à toutes les sauces. Il n’est donc pas aisé de définir ce qu’est la conscience de manière univoque.

Dans le langage courant, il me semble que les expressions « être conscient de », « prendre conscience de » et « conscientiser » (qui se rejoignent selon moi) font références à une dynamique intellectuelle, à une compréhension d’une situation ou d’un schéma psychique, comme dans l’exemple suivant : « j’ai pris conscience que mes réactions émotionnelles proviennent de telles ou telles blessures que j’ai subi dans mon enfance » ! La plupart des personnes qui utilisent ces expressions veulent donc parler d’une compréhension quant à la nature, aux causes et aux conséquences de leurs zones d’ombre intérieures, au travers d’un processus mentale, que celui-ci comprenne l’intuition ou pas.

Par contre, selon les enseignements d’Eckhart Tolle ou de Osho, ces expressions feraient plutôt référence à un état d’être, une observation et un ressenti de « ce qui est » dans l’instant présent, à l’intérieur de soi mais aussi dans l’environnement extérieur, au-delà de toute activité mentale.

Il y a donc une différence de taille entre l’individu qui comprend mentalement un schéma de fonctionnement et celui qui ressent et observe en étant totalement présent à ce qui est dans l’instant. Ces deux individus ne sont pas dans la même dimension spatio-temporelle. L’un comprend intellectuellement ce qui a induit son comportement, au travers d’un processus mental, l’autre est conscient de ce qui est, mais sans processus mental.

D’après ce que j’ai pu comprendre de l’enseignement de Tolle et Osho, « conscientiser » – d’un point de vue spirituel donc – serait le fait de ressentir, de focaliser toute son attention sur quelque chose qui se passe en soi, sans y réfléchir, sans analyser, sans juger, sans chercher à comprendre. C’est une observation en prenant la position de témoin, avec détachement et désidentification d’ego. Il s’agit d’un état de pleine conscience, au-delà de tout processus mental donc. La conscience de veille est toujours active bien entendu, mais elle n’est plus absorbée par le processus mental. C’est une dimension plus vaste de la conscience qui prend le relais, celle de l’être, la conscience ou l’âme vivante.

Cette pure présence de l’être est toujours là, mais elle est la plupart du temps étouffée par l’état d’inconscience dans lequel nous nous trouvons lorsque nous sommes identifiés à l’ego, c’est à dire à l’image que l’on a de soi-même en tant qu’entité distincte et séparée. Dès lors, se centrer dans la présence nous met en contact avec notre véritable essence, la Lumière spirituelle, celle de notre Moi profond ou Soi divin, qui peut ensuite être dirigée, par le biais de l’attention (en pleine conscience donc), sur le phénomène mental, émotionnel ou physique qui est en train de se produire. Au sens spirituel du terme, voilà ce que signifierait « conscientiser ».

Ce processus de conscientisation tel que je viens de le décrire revêt un intérêt non négligeable d’un point de vue alchimique ; il permet de d’exposer nos zones d’ombres à la Lumière de notre Divin intérieur. Et comme me l’a récemment dit une connaissances :  « c’est par la venue de la Lumière que l’ombre s’en va« . Ensuite, nous avons tout loisir d’utiliser notre le mental pour reprogrammer le psychisme et ainsi modeler notre réalité dans la direction souhaitée, orientant ainsi notre pouvoir créateur de manière évolutive.

Pour résumer, « prendre conscience » serait donc le fait d’observer une pensée, une émotion, un sensation dans le corps physique, voire même la conscience de « soi-même » en tant que présence.

Le mental, qui peut être défini par « l’activité de la pensée », ne peut pas conscientiser, car il n’est pas la conscience, bien qu’il soit inclus en elle, comme tout le reste d’ailleurs.

Identifié continuellement au mental, l’individu inconscient, spirituellement parlant. La conscientisation devrait s’inscrire dans une optique d’ « inconditionnalité », c’est-à-dire qu’il ne devrait pas y avoir aucune attente quant aux résultats. Je pense en effet qu’on ne peut pas être dans l’observation détachée et espérer un « retour sur investissement » si je puis dire, l’attente étant encore une dynamique mentale.

Dans la pratique, j’ai pu constater à quel point il est difficile de conscientiser une pensée, une émotion ou un symptôme physique sans entrer dans un processus mental de jugement, de catégorisation, d’étiquetage morale, de victimisation, d’accusation, d’apitoiement sur soi, de dévalorisation, d’impatience, etc.

Laisser un commentaire