Méditation : effort ou non-effort ?

C’est une question qui revient souvent car elle semble présenter pour les pratiquants une contradiction inconciliable. Et la question est si essentielle pour pratiquer correctement qu’elle peut induire en elle-même un obstacle pour le pratiquant s’il ne sait pas comment la résoudre…

Disons pour faire simple que ces deux aspects peuvent se rencontrer durant la pratique, mais par contre JAMAIS au même moment.

L’effort est en effet en opposition frontale avec le non-effort dans la pratique de la méditation. Lorsqu’il y a l’un, il ne peut y avoir l’autre, et inversement. C’est donc soit l’un, soit l’autre…

Pour mieux comprendre cet état de fait, voyons les choses du point de vue de l’ego et de la quête spirituelle. Celle-ci est progressive et cette progression se mesure relativement au degré de purification des conditionnements mentaux, que les orientaux nomment samskâra et vâsanâ.

Dans la méditation, la conscience individuelle ne peut faire autrement que de produire un effort pour se dégager de l’identification aux conditionnements mentaux (et se désidentifier de l’ego par là même). C’est un effort de concentration de l’attention juste. C’est un effort de lâcher-prise, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

Sans cet effort, l’identification (donc aussi l’ego) demeure, sans cesse « alimentée » par les conditionnements mentaux, un peu comme un fruit tombe de l’arbre sous l’effet de la gravité terrestre. Cela se fait tout seul…
Mais plus la conscience est purifiée, libérée des conditionnements mentaux, plus les moments de non-identification, c’est-à-dire d’équanimité parfaite, sont fréquents et prolongés. Et c’est durant cette phase d’équanimité que tout effort a disparu et qu’il y a donc… non-effort.

Donc, lorsque les Maîtres nous disent que la méditation est un état de non-effort absolu, ils parlent de cet instant de grâce où la conscience est maintenue dans un état de parfait équilibre, parfaite tranquillité, parfaite équanimité. Mais bien sûr, ces instants ne durent pas (sauf pour l’être qui a Réalisé le Soi, chez qui l’équanimité est permanente et pour qui il n’y a plus aucun effort à faire), et alors l’effort est à nouveau nécessaire pour retrouver cet équilibre intérieur.

Pour le comprendre, on peut utiliser la métaphore du funambule. Celui-ci cherche l’équilibre et pour cela l’effort lui est nécessaire. Mais il arrive un instant où l’équilibre parfait est trouvé sur le fil et, pendant un court laps de temps, il n’y a plus aucun effort à produire. Puis, le déséquilibre apparaît et l’effort est à nouveau nécessaire pour retrouver l’équilibre.

C’est exactement ce qui se passe durant la méditation et nous avons tous déjà pu en faire le constat : nous produisons un effort pour concentrer l’attention sur un objet, un phénomène, et soudain l’absorption est totale pendant quelques instants, avant que le mental ne retrouve un mouvement, ce que nous remarquons seulement quand ce mouvement a repris (la prise de conscience de l’immobilité est souvent le premier mouvement d’ailleurs qui lui succède…). Durant cette phase d’absorption totale, il n’y avait aucun effort à faire… c’était la pleine conscience ; l’équanimité était parfaite. Puis, nous avons « chuté » et l’effort fut à nouveau nécessaire pour retrouver l’équanimité.

Il ressort de cela qu’il n’y a pas besoin d’avoir Réalisé le Soi pour vivre des instants d’équanimité parfaite. La seule différence par rapport à cet état de Réalisation synonyme d’Éveil ou de Libération spirituelle, c’est que ces instants de grâce ne dureront pas. D’autres conditionnements vont sortir la conscience de son équanimité, ce qui nécessitera de produire de nouveaux efforts pour s’y replacer, et ainsi de suite.

Mais c’est ainsi seulement que l’on peut progresser sur la voie de l’Éveil dans la pratique de la méditation…
Et c’est en cela que le but est le chemin lui-même…

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Cet article a 3 commentaires

  1. W.

    Salut Frédéric,
    super article 😉

    Que penses-tu de ces paroles de Jésus :
    « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jean 14:6)

    Je réfléchis également à l’idée que nul ne peut se sauver par lui-même, mais seulement par la rédemption de ses péchés au travers du Christ.

    J’ai beaucoup écrit dans mes notes privées à ce sujet… mais bon je suis curieux de savoir ce que t’en penses ^^

    Grand Merci et Bonne journée !

    1. Bonjour W.
      Le salut dépend de la volonté de Dieu, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait rien à faire sur le plan individuel, bien au contraire. Ce qu’il y a à faire, c’est purifier la psyché des conditionnements mentaux qui l’encombrent et l’empêchent de réaliser qu’elle n’est pas différente de la Conscience divine (ou Dieu, si tu préfères) et l’Amour qui en est l’essence. C’est cette Réalisation spirituelle qui est proprement le « salut », mais qui ne s’obtient donc pas sans un travail de purification préalable (on pourrait aussi parler du « lavement des péchés »). Quand l’élève est prêt, le Maître arrive ! Il y a donc une préparation intérieure pour être prêt à recevoir la Grâce divine. Il s’agit de « dépouiller le vieil homme », pour reprendre l’expression de Saint-Paul. Renaître d’eau et d’Esprit, est aussi une allusion à ce travail de purification intérieure qui nécessite des efforts individuels (ceux-là mêmes dont parle cet article). Mais bien sûr tout ceci est symbolique, et c’est avant tout sur ce plan là qu’on devrait comprendre les évangiles (selon l’esprit et non la lettre…). Les paroles du Christ que tu cites n’y font pas exception. L’évangile selon Saint Jean duquel elles sont tirées est le plus ésotérique des 4 évangiles canoniques (et le plus différent des 3 autres qui sont dits « synoptiques »). Il a souvent été considéré comme l’évangile des initiés à la Gnose chrétienne. Pour pénétrer le mystère de ces paroles, il faut donc les replacer dans le contexte de la quête spirituelle, intérieure, mystique, où le Christ Jésus n’est plus un personnage religieux ni même un « messie », mais le symbole de la Gnose elle-même, soit la Connaissance divine, ou encore la Vérité absolue qui est Dieu (« moi et le Père nous sommes Un »). De ce point de vue ésotérique, c’est bien par le Christ seul que le salut peut être obtenu. Mais pour cela il ne s’agit pas de simplement « croire » en lui, mais de passer par les étapes alchimiques qu’il a lui-même vécues, dont sa crucifixion et sa résurrection sont les principaux symboles. Si cette approche t’intéresse et que tu veux en savoir plus, tu peux lire cet article : https://fredericburri.com/la-vie-de-jesus-tout-un-symbole
      Bien à toi, cordialement,
      Frédéric

  2. Duchoiselle

    Merci Frédéric 🙏🙂

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