Voici un extrait du chapitre « Itinéraire d’un pèlerin de la Source », issu de mon nouveau livre. J’y raconte mon initiation de 10 jours à la méthode Vipassana.

Peu de temps après cette rencontre, je m’inscris pour un stage d’initiation à la méthode de méditation Vipassana, transmise par le sage birman S.N. Goenka (aujourd’hui décédé). Ce stage se déroule sur dix journées tout près de chez moi, en Suisse. Tout est fait pour concentrer l’attention et développer ce qu’il appelle la « vision pénétrante » (c’est le sens du mot vipassana). Je médite près de onze heures par jour, entraînant ma capacité à ressentir avec équanimité les sensations dans les différentes parties du corps.

C’est une révolution pour moi, car je réalise qu’en dépit de toutes mes années de pratique spirituelle, il m’est très difficile de positionner mon esprit dans l’équanimité, et donc de ne pas être sous l’influence des impulsions contraires de l’attachement et du rejet, du désir et de l’aversion. Cela me permet également de comprendre qu’en fait, j’ai toujours dirigé ma pratique spirituelle à partir de ces impulsions contraires, et que c’est la raison pour laquelle, au cours de toutes ces années, je n’ai en rien purifié mon esprit de ses conditionnements, et qu’au contraire je les ai renforcés.

Cet apprentissage de l’équanimité s’avère difficile. Comme le dit S.N. Goenka, c’est une « opération chirurgicale » que l’on fait subir à l’esprit durant cette initiation, mais je m’y exerce toutefois avec beaucoup d’application. Et les efforts s’avèrent payants ! Pour l’anecdote, je me souviens qu’au milieu de la retraite, de très vives douleurs apparaissent au milieu de mon dos, insoutenables. Au départ, j’en souffre beaucoup car mon esprit est en réaction (impulsion de rejet, d’aversion), puis, petit à petit, l’équanimité s’installe pour arriver à cette expérience extraordinaire où la douleur est là, à son paroxysme, mais ne me fait plus souffrir, parce que je parviens à le ressentir avec équanimité. Les impulsions contraires ne me dominent plus ; l’esprit est à nouveau le Maître à bord, grâce à l’équanimité.

Vipassana me permet de comprendre également l’importance du détachement du résultat. Par nature, le mental veut que les choses soient conformes à ses attentes ; c’est par lui que les impulsions contraires parviennent à nous faire réagir par le désir ou l’aversion. Naturellement, si l’on est identifié au mental, alors on s’attache à ce qui est agréable et on rejette ce qui est désagréable. Et comme le propre des phénomènes, c’est d’être impermanents, on souffre forcément parce que ce à quoi on s’attache parce que c’est agréable finit par disparaître, et parce que ce que l’on parvient à rejeter pour un temps pour éviter d’en souffrir, finit par revenir.

Pour être à même de purifier l’esprit de ces tendances opposées et ainsi de se libérer de la souffrance, il convient donc de lâcher les attentes que les choses soient comme le mental voudrait qu’elles soient. Je précise bien cela, car si l’impulsion de méditer pour obtenir des effets particuliers, ne serait-ce que la libération de la souffrance, est compréhensible, il faut pouvoir y renoncer durant la pratique elle-même, pour ne chercher que l’équanimité, au risque d’être encore et toujours dans une forme de contrôle, s’attachant aux résultats positifs et rejetant ceux qui ne le sont pas, tout en se jugeant soi-même au passage.

Si l’on comprend bien ce point fondamental et que l’on s’applique à travailler correctement, les résultats bénéfiques ne seront peut-être pas obtenus immédiatement, mais ils viendront tôt ou tard, en tant que juste récompense de cette recherche de l’équanimité au moyen de l’effort de concentration juste.

Je vous livre à ce sujet une seconde anecdote. Le septième jour est particulièrement difficile pour moi, avec beaucoup de douleurs et de tensions. Je fais néanmoins l’effort de rechercher l’équanimité dans le respect des consignes données, du mieux que je le peux. Au terme de cette pénible journée, alors que je suis allongé dans mon lit et que je savoure ce moment de détente bien mérité, un phénomène spectaculaire me sort soudainement des rêveries qui étaient en train de m’emporter dans le sommeil. Durant une inspiration, quelque chose « lâche » au niveau de mon diaphragme, en conséquence de quoi je prends une grande bouffée d’air, sans aucun effort conscient de ma part. Voilà typiquement un résultat bénéfique de la pratique, dont l’effet ce sera fait sentir plusieurs heures plus tard, au moment où je ne m’y attendais pas du tout.

Je pourrais vous parler bien davantage encore de ces dix jours d’initiation qui marquèrent un « avant » et un « après » dans ma pratique spirituelle. Je m’arrêterai toutefois ici, en vous livrant encore juste une troisième et dernière anecdote.

Au cours de l’après-midi du huitième jour, dans un moment de pause, je regarde par la fenêtre de ma chambre et j’aperçois un nuage rougeâtre en forme d’oiseau majestueux qui me fait instantanément penser au phoenix (et je vous assure que ce n’est pas une hallucination causée par l’opération chirurgicale qu’a subi mon esprit…). J’y vois là un joli « clin Dieu », lorsque l’on sait que le phoenix renaissant de ses cendres, est l’un des symboles de l’œuvre au rouge alchimique, celle de l’Illumination spirituelle. J’y vois un signe, qui me conforte dans l’idée que je suis sur la bonne voie, laissant augurer de belles choses pour la suite.

De retour chez moi, je suis résolument déterminé à poursuivre la pratique de Vipassana sur la base des recommandations transmises à la fin de la retraite, à savoir une heure le matin et une heure le soir. Je tiens ce rythme quelques jours, avant de réduire progressivement la durée des séances, sans doute influencé par ma tendance encore bien présente à la procrastination, mais aussi et surtout parce que je ressens qu’il me manque encore quelque chose pour que cette pratique me convienne parfaitement, sans savoir exactement quoi.

Je continue toutefois de méditer avec cette méthode, par phase.

FIN DE L’EXTRAIT

À propos du livre

Dans ce livre, je vous présente mon approche de la spiritualité, autant du point de vue théorique que pratique, en vous partageant mes connaissances les plus actuelles ainsi que la méthode de méditation que j’ai mise au point et que je pratique au quotidien. En voici les principaux chapitres :

  • Avant-propos
  • Ne pas se tromper de combat
  • Itinéraire d’un pèlerin de la Source
  • Définitions de base (pour savoir de quoi on parle)
  • Symbolisme traditionnel (le caducée, le labyrinthe, l’alchimie spirituelle, la vie de Jésus, l’arbre de vie, etc.)
  • La Méditation Primordiale (présentation de la méthode, résumé du protocole, application pratique)
  • La Quête spirituelle (ses enjeux, ses étapes, ses pièges)
  • Conclusion