Ce texte constitue l’introduction du livre « La Méditation Primordiale ». À l’heure de cette publication, le reste du livre est encore en cours d’écriture et devrait être terminé pour le 10 mars.

« Seuls ceux qui connaissent le Soi, qui ont vu au-delà du monde, peuvent améliorer le monde. Pour l’individu, leur valeur est immense car ils sont le seul espoir de salut. Ce qui est dans le monde ne peut pas sauver le monde. » Nisargadatta Maharaj

Sans doute connaissez-vous cette phrase quasiment prophétique (faussement attribuée à André Malraux) : « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas ». Pour en comprendre le sens, il faut s’entendre sur ce que l’adjectif « spirituel » veut dire ; il est la traduction du latin spiritualis, qui vient de spiritus, l’esprit. « Spirituel », c’est donc littéralement « ce qui se rapporte à l’esprit », et qui est « distinct de la matière » comme le précisent les dictionnaires consultés.

Si on retourne le problème, on peut en déduire que « le XXIe siècle ne sera pas » s’il s’inscrit dans la continuité du précédent, et qu’il reste donc « matérialiste ». Autrement dit, l’humanité ne passera pas le XXIe siècle si elle ne renonce pas à fonctionner d’une manière qui la cantonne dans un mode de vie matérialiste, pour se tourner vers la spiritualité et y trouver sa raison d’être, mais aussi et surtout le Bonheur durable que seule cette dimension peut lui offrir, au lieu de continuer à dilapider vainement son énergie, tel un écureuil tournant compulsivement dans sa roue, à chercher un palliatif à ce Bonheur au travers des sources de stimulations matérielles qui ne peuvent toutefois lui procurer tout un plus qu’un plaisir momentané, qui devra sans cesse être renouvelé et avec toujours plus d’intensité pour échapper à son opposé, le mal-être, comme un drogué devenu dépendant de sa « dose » pour planer mais qui doit l’augmenter pour qu’elle continue à lui faire de l’effet, jusqu’à ce que mort s’en suive.

La recherche de ce plaisir conditionné sert les intérêts du « système » matérialiste, et rend l’être humain de plus en plus esclave de ses pulsions, dominé par ce qu’il y a de « matériel » en lui, le corps, tiré par lui vers le bas, dans un mouvement de « chute » que seul l’effort de renoncement d’un esprit épris de droiture et de justesse peut venir enrayer, se donnant ainsi une chance de redevenir conforme à son essence, spirituel, et grâce à sa propre conversion, donner une chance au monde de le devenir lui aussi, en le « spiritualisant » en quelque sorte.

Tous les problèmes que rencontrent actuellement l’humanité, tous sans exception, prennent racine dans cet appauvrissement du spirituel au « profit » – le mot est bien choisi – du matériel. La pollution, les inégalités sociales, la corruption, les guerres et leurs conséquences dramatiques pour les peuples, la criminalité, les épidémies, tout cela est l’expression d’un chaos qui se manifeste collectivement parce que l’ordre, l’équilibre et l’harmonie font défaut à l’intérieur de l’esprit de la plupart des êtres humains. Cet état du monde et de l’homme moderne a été annoncé par les grandes traditions ; toutes ont parlées de l’âge noir de l’humanité, cette ère où se manifeste « l’abomination de la désolation » selon les termes de l’Apocalypse selon Saint Jean. Ce n’est toutefois pas se faire prophète de l’Apocalypse que de reconnaître que nous y sommes bel et bien empêtrés ; c’est un constat réaliste de la situation et surtout de sa cause profonde, qu’il nous faut reconnaître avec honnêteté et lucidité pour ce qu’elle est si l’on veut se donner une chance de « soigner le mal à la racine », et initier ainsi les changements qui impacteront positivement la réalité intérieure de l’être humain et, par voie de conséquence, le monde dans son ensemble.

« Le but n’est pas seulement le but, mais le chemin qui y mène » ! Selon ce sage précepte attribué à Lao Tseu, la nature du but dépend de la nature du chemin. Telle cause, telle effet ! L’être humain s’indigne de l’état de la planète et de l’évolution de ses conditions de vie et souhaite « sauver le monde », mais sans se soucier le moins du monde de la tonalité intérieure qui est la sienne dans cette entreprise. Or, il est vain de vouloir créer l’unité, la paix et l’harmonie hors de soi, si la division, le conflit et la disharmonie règnent à l’intérieur de soi. « Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde », disait Gandhi. Dépenser beaucoup d’énergie pour changer les choses à l’extérieur, s’en s’être préalablement changé soi-même, revient à couper les mauvaises herbes au lieu d’en extraire la racine ; elles finissent forcément par repousser, et souvent avec plus de vigueur encore qu’auparavant. C’est pourquoi les révolutionnaires, les indignés, les révoltés du « système », même animés des plus belles intentions, ne peuvent produire les effets attendus sur le long terme. Remplacer un « système » par un autre peut faire illusion pendant un certain temps, mais si l’état d’esprit collectif qui a participé à sa mise en place n’était pas inspiré par la guidance intérieure d’une intelligence supra-mentale, les mêmes problèmes reviendront inévitablement.

Les sages sont unanimes : si l’on veut sauver le monde, il faut commencer par se sauver soi-même, en orientant ses efforts pour préparer la matière, celle de l’âme, afin d’en faire un terrain fertile à même d’y faire croître la graine qu’elle recèle en son cœur, en tant que le meilleur des possibles dont elle est capable, jusqu’à ce qu’elle devienne une fleur magnifique puis un fruit mûr, que l’Absolu viendra cueillir, réintégrant ainsi l’âme intégralement éveillée en Lui pour que l’incarnation ne soit plus que la pure expression de Son essence, ce que les traditions nomment un Fils de Dieu, un Avatar, un Libéré-Vivant. Bien sûr, cela ne veut pas dire non plus qu’il faille attendre d’avoir atteint ce degré de perfection pour commencer à poser des actions concrètes qui amorceront le changement à l’extérieur, car si le but est le chemin lui-même, la perfection se situe dans la dynamique intérieure, c’est-à-dire dans la nature du « pas » que nous sommes en train de faire, et le changement extérieur peut donc être initié à chaque instant, ici et maintenant, par celui que l’on opère en soi-même par la recherche du juste positionnement intérieur. En résumé, l’erreur serait donc d’agir pour changer les choses à l’extérieur, sans s’être donné les moyens de créer premièrement une plus grande harmonie à l’intérieur de soi.

D’aucun diront que c’est une belle philosophie, mais qu’elle n’est pas applicable pour la simple et bonne raison que l’homme ne pourra se changer lui-même tant que les conditions ne seront pas réunies dans sa réalité extérieure, validant ainsi l’idée selon laquelle il faut d’abord que le « système » change. Ce serait oublier un peu vite que des êtres se sont éveillés à leur véritable essence dans des conditions de vie très précaires, dans le dénuement quasi-total pour certains (ces conditions étant même plutôt favorables à en croire les ascètes), dans des régimes très répressifs des libertés individuels, voire parfois même dans des prisons, des camps de concentration, des goulags, etc. Ce constat n’est pas un plaidoyer en faveur de conditions de vie inhumaines ou simplement minimalistes, ni en faveur d’un mode de vie qui s’inspirerait de celui des « renonçants », connus dans l’hindouisme sous le nom de sanyasins. Je veux simplement faire comprendre que ce serait se méprendre que de croire que le changement doit d’abord venir de l’extérieur pour être capable de l’initier à l’intérieur de soi. Et d’ailleurs, si l’on attend cela, on risque d’attendre longtemps, pour la raison déjà expliquée, à savoir que le monde ne changera pas tant que l’homme ne changera pas d’abord.

Le monde actuel n’est sûrement pas parfait, de loin pas, mais cependant les conditions de vie de la grande majorité des êtres humains sont suffisamment décentes pour leur permettre d’opérer leur conversion intérieure et se donner ainsi une chance d’obtenir leur Salut, car celui-ci n’est que très peu dépendant des contingences matérielles, même si un minimum de nourriture, d’eau potable, de confort et de santé physique et psychologique sont nécessaires bien évidemment. Le Salut, la Rédemption, la Réalisation du Soi, ou quel que soit le nom qu’on donne à la Libération spirituelle, dépend avant toute chose de la capacité de l’esprit humain à renoncer à tout ce qui n’est pas UTILE à l’éveil de son âme, celui-ci survenant naturellement du moment où l’on évite de lui nuire, par l’identification en premier lieu, puis par toutes les mauvaises habitudes qui peuvent en découler.

Ne trouvez-vous pas que cette vision d’une grande simplicité offre un contraste saisissant avec la spiritualité qu’on nous « vend » aujourd’hui dans notre monde moderne ? Cela semblerait même trop simple et trop beau pour être vrai. La faute là encore à cet âge de l’obscurantisme que nous traversons, qui se caractérise aussi par la perversion de tout ce qui est profondément sacré, la spiritualité en premier lieu, détournée pour servir les intérêts du matérialisme qui la modèle à son image, ramenant ainsi tout à lui, comme s’il n’y avait rien d’autre, ce qui a peut-être fait dire à Nietzsche que… « Dieu est mort » ! Bien sûr, la spiritualité authentique est impervertible, et Dieu n’est évidemment pas mort (comment le pourrait-Il, Lui qui est Éternel…) ! Par contre il peut y avoir l’illusion de la spiritualité ; une fausse spiritualité qui renforce l’identification à l’ego et, à travers lui, le « système » dont il est le faire-valoir.

L’usage que l’on fait de disciplines telles que le yoga ou la méditation est symptomatique de ce détournement ; on les pratique aujourd’hui non plus pour atteindre la Libération spirituelle, mais pour des objectifs qui ne dépassent pas le cadre de l’amélioration des conditions de vie de l’individu ; c’est l’exemple révélateur de la méditation dite de « pleine conscience », aujourd’hui promue même par les médias et le monde scientifique, ce qui aurait quelque chose de réjouissant si elle y était présentée en tant que la voie de Libération spirituelle qu’elle est précisément, telle que le Bouddha Siddharta Gautama en a parlé il y a 2500 ans, et non comme une vulgaire méthode de réduction du stress, de relaxation, de développement personnel, dont se servent même les entreprises sous couvert d’humanisme mais avec des intentions cachées beaucoup moins louables si l’on considère qu’elles peuvent grâce à elle rendre leurs employés plus résistants au stress, plus performants, donc plus… rentables. Gageons toutefois que, comme le dit l’expression, « le diable porte pierre », et que la méditation utilisée à de telles fins, suscitera des « réveils » libérateurs suivis de l’envie d’aller plus loin, beaucoup plus loin… !

Dans le milieu du new age où elle est servie à toutes les sauces, la méditation est mélangée à d’autres courants ou disciplines, comme la visualisation créatrice, la sophrologie, l’hypnose, la médiumnité ou encore le néo-chamanisme. C’est ainsi qu’on cherche à travers elle, par exemple, à « ouvrir ses chakras », à se relier aux mondes subtils – ceux des anges, des guides voire même des âmes désincarnées – , à se connecter à son animal totem, à voir ses vies antérieures (si la réincarnation existait vraiment…) entrer en contact avec son « Moi suprême », etc. Il fut un temps où j’ai moi-même utilisé des méditations guidées pour obtenir ce genre de résultats, et j’en ai d’ailleurs créé également toute une série pour apporter un peu de baume à l’être humain. Utiliser la méditation de cette manière n’est pas condamnable, à condition toutefois d’être bien conscient que cet usage n’a rien à voir avec la spiritualité véritable, dans la mesure où ce type de pratiques ne fait que maintenir l’ego en place voire même le renforce, au même titre que les résistances et les obstacles sur la voie qui mène à la réalisation de l’Absolu en soi-même.

Croire que de telles pratiques sont à même de libérer de l’emprise de l’ego et d’éveiller l’âme à sa plus haute condition, revient à vivre dans une prison aux barreaux dorés. Il faut le savoir et être bien conscient que le but véritable de la méditation est d’aller au-delà de tout ce qui peut représenter un attrait pour l’individu en quête de bien-être ou de « sensationnel ». La fonction primordiale de la méditation, comme toutes les formes de yoga d’ailleurs, est l’extinction de l’ego et par là, la libération de l’impression de séparation qui lui est inhérente, pour qu’ainsi l’être humain soit libéré de la peur psychologique et qu’à la place il fasse l’expérience de la paix profonde, et à partir d’elle, de la joie et de l’amour illimités.

Avec ce livre et la méthode qu’il présente, la Méditation Primordiale, mon but est aussi de redonner ses lettres de noblesse à la méditation. En tant que voie de Libération spirituelle, elle s’adresse aux âmes éprises de la vraie liberté, celle de l’esprit capable de demeurer équanime face aux aléas de l’existence. Elle n’est toutefois pas une méthode miracle pour autant ; loin de moi l’idée de vendre du rêve en promettant monts et merveilles à celles et ceux qui s’y intéresseraient, car pour en faire moi-même l’expérience, j’ai pleinement conscience des efforts et des sacrifices qu’elle implique. Elle s’adresse donc aux révolutionnaires dans l’âme, mais ceux qui ont compris que la vraie révolution est d’abord intérieure, tout comme le vrai combat spirituel est d’abord intérieur, en tant que cet « effort suprême[1] » sur soi-même, effort de lâcher-prise, d’abandon, de détachement, de désidentification, par la concentration juste qui mène à la tranquillité de l’esprit et qui redonne ainsi les rênes de l’incarnation au Maître intérieur, l’Absolu en soi, qui ne se fera pas prier pour en restaurer le fabuleux potentiel édénique, faisant vivre à l’âme son éveil, son épanouissement, source d’un émerveillement et d’un enthousiasme qui en retour, motiveront l’esprit à maintenir fermement le cap, contre vents et marrées, résistant aux chant des sirènes qui souvent le tenteront pour qu’il retombe dans le piège de l’évitement, de la distraction et de la facilité du moindre effort.

Si je parle de « sacrifices », c’est au sens étymologique du terme, sacrum facere en latin, « rendre sacré », divin, l’objet du sacrifice, soit l’être humain lui-même ! Renoncer à l’identification et à la recherche frénétique de la satisfaction des désirs compensatoires que cette identification renforce, sacralise son existence et l’élève au rang de « créature sacrée », par l’ouverture à ce qu’il y a de plus sacré en lui : la Lumière spirituelle. Celui qui a suffisamment de noblesse et de droiture dans le cœur, et de force de caractère pour oser s’engager sur ce cheminement intérieur en y affrontant les obstacles et les résistances qui ne manqueront pas de s’opposer à sa progression, celui-là est un héros spirituel, un guerrier pacifique, qui mérite amplement de recevoir en juste récompense de ses efforts sur lui-même, toutes les bénédictions du Ciel et de la Terre, se manifestant par l’abondance de tout ce dont il aura le plus besoin pour poursuivre sa quête dans les meilleures conditions extérieures, évidemment pas au sens du confort et de la facilité, mais au sens de ce qui lui est vraiment utile à cette fin. Comme l’a dit Jésus, « cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice (son équanimité), et tout vous sera donné par surcroît ». Vous qui lisez ces lignes, c’est ce que je vous souhaite avec toute la ferveur d’un cœur qui a pu reconnaître à quel point cela est vrai.

[1] C’est le sens premier du mot arabe djihad, ce qui le situe bien loin du détournement dont il a fait l’objet par les esprits les plus fanatiques.

« Ce dont vous avez besoin se présentera à vous si vous ne désirez pas ce dont vous n’avez pas besoin. »
Nisargadatta Maharaj

À propos du livre

Dans ce livre, je vous présente mon approche de la spiritualité, autant du point de vue théorique que pratique, en vous partageant mes connaissances les plus actuelles ainsi que la méthode de méditation que j’ai mise au point et que je pratique au quotidien. La version PDF du livre sera terminée pour le 10 mars, et sa version papier le 15 mars. Vous pouvez cependant d’ores et déjà pré-commander votre exemplaire.

En voici la table des matières :

  • Avant-propos (lire le chapitre)
  • Introduction
  • Itinéraire d’un pèlerin de l’Absolu (extrait n°1, extrait n°2)
  • Définitions de base (pour savoir de quoi on parle)
  • La Quête spirituelle (ses enjeux, ses étapes, ses pièges)
  • Symbolisme traditionnel (le caducée, le labyrinthe, l’alchimie, la vie de Jésus, etc.)
  • La Méditation Primordiale (présentation de la méthode)