Sur le sectarisme…

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À l’origine, le mot « secte » n’a rien de péjoratif. Il vient du latin secta, qui signifie « suivre une voie, un enseignement, ou une doctrine ». C’est un terme dérivé du verbe latin sequi, qui signifie précisément « suivre » (et non pas du verbe latin secare, « couper », comme on l’entend habituellement…).

Au sens premier du terme, est donc « sectaire » tout individu qui suit une voie, le plus souvent une voie qui vise à une forme d’accomplissement de soi, de Réalisation spirituelle. Par conséquent, tous les Maîtres et Sages considérés comme tels parce qu’ils ont réalisé leur propre Soi ont suivi une voie pour atteindre cette Réalisation. Pour cette simple et bonne raison, on peut donc affirmer qu’ils étaient tous… « sectaires ». Jésus lui-même n’a-t-il pas fait partie de la secte des Esséniens ? 

Voilà qui a le mérite de replacer les choses dans leur contexte, même si je sais pertinemment que cette précision ne peut à elle seule effacer l’impression négative coriace qui existe dans la conscience collective sur le sujet, en Occident surtout, où la population est conditionnée depuis tant d’années par les médias, qui brandissent à la moindre occasion le mot « secte » (comme le mot « gourou » ou le mot « complot » désormais) comme un épouvantail pour stigmatiser des individus ou des communautés et jouer la carte du sensationnalisme. 

En présentant une vision unilatérale de ce qu’est une « secte », les sophistes disposent d’un moyen tout trouvé pour jeter l’opprobre sur un individu ou une communauté qui cherchent à s’émanciper du « Système » ou plus simplement à vivre selon des règles de conduites et des pratiques qui peuvent, il est vrai, présenter parfois un contraste saisissant avec le mode de vie imposé par la modernité. 

Mais ce n’est tout de même pas la faute de cet individu ou de cette communauté si la mentalité moderne s’est abaissée à un tel niveau de matérialisme et d’égocentrisme que le fait de chercher à s’en affranchir au profit d’un mode de vie plus proche du « sacré », ne peut plus être considéré comme une démarche relevant d’un esprit sain, mais au contraire d’un esprit déviant et malade, dans une inversion totale des valeurs bien caractéristique de notre monde moderne décadent. 

On pourrait même dire que dès qu’un individu ou une communauté sortent ainsi du cadre, ils représentent aussitôt une menace pour le « Système » et ses plus zélés promoteurs, et il devient alors facile de leur accoler l’étiquette « secte » sur le dos et de les discréditer ainsi violemment sans même s’être donné la peine d’aller plus loin en faisant un réel travail d’investigation. 

C’est ainsi qu’aujourd’hui nous en sommes arrivés au point où celui qui propose des activités autour de la spiritualité, de la santé et du bien-être en sortant du cadre défini par les adeptes de la « pensée unique », peut potentiellement être taxé de « sectaire ». 

Vous proposez des cours de yoga, de méditation ou de taï chi ? Alors sachez que vous êtes potentiellement un « gourou » et peut-être même une « secte » à vous tout seul. On pourrait faire la même remarque avec les praticiens des médecines dites « naturelles » ou « alternatives », ou des thérapies « non-conventionnelles » qui sont des charlatans au simple motif qu’ils font la promotion de « pseudo-sciences ».

Comble de l’ironie, une telle stigmatisation de ce qui sort du cadre de la « bien-pensance » et du consensus scientifique est en elle-même sectaire au sens où l’entendent aujourd’hui celles et ceux que j’appelle les inquisiteurs des temps modernes. En effet, nuire à la réputation d’autrui en agitant le spectre du « risque de dérive sectaire », faire des procès d’intention, des amalgames, du déshonneur par association, ou encore ridiculiser des pratiques et des croyances au seul motif qu’elles ne sont pas validées par la science (en l’occurrence, le scientisme…), c’est chercher à exclure tout ce qui n’entre pas dans le cadre du prêt-à-penser de l’idéologie matérialiste dominante, et c’est une attitude tout bonnement… sectaire ! 

Pour en revenir au sens étymologique du mot « secte », est donc « sectaire » tout individu qui est engagé dans une démarche d’émancipation visant à l’épanouissement et à la libération spirituelle. Nous pouvons comprendre que la libération des conditionnements mentaux et des dépendances matérielles et affectives qui sont la conséquence du travail intérieur réalisé dans cette voie, puisse être perçu comme une menace pour ceux qui aiment maintenir les autres sous leur contrôle par intérêt. Ceux-là préféreront toujours critiquer, chercher la petite bête et projeter leurs propres défauts sur ce « sectaire » si étrange à leurs yeux, plutôt que de se remettre en question et déjouer leurs propres biais cognitifs.

Ceci dit, cet article manquerait de nuance si je ne disais pas que le domaine du bien-être et de la spiritualité est aussi gangrené par des individus qui le corrompent en servant des intérêts strictement personnels (reconnaissance, enrichissement, valorisation narcissique, emprise psychologique, déviances sexuelles,…) et qui n’ont aucun scrupule à manipuler les êtres sincères pour atteindre leurs objectifs.

C’est aussi et surtout parce que de telles dérives sont malheureusement très fréquentes dans ce milieu depuis des siècles que le mot « secte » s’est connoté négativement avec le temps, de même que le mot sanskrit guru d’ailleurs (mot qui signifie littéralement « maître »). 

Il est toutefois déplorable qu’on ne fasse pas la part des choses et que tout le monde soit aujourd’hui jeté dans le même panier. C’est là où le syllogisme peut être une arme redoutable au service de la calomnie et de la médisance, et j’espère que cet article aura permis d’apporter des nuances utiles sur cette question qui reste sensible.

Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, surtout quand ce qui est à voir ne peut être vu qu'avec les yeux du cœur. »

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